Muslim Women’s Day : discriminées à l’école, ces femmes musulmanes témoignent

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Ce mercredi 27 mars marque le Muslim Women’s Day, la Journée internationale des femmes musulmanes. Une initiative portée en France par l’association féministe et antiraciste Lallab, qui donne cette année la parole aux femmes discriminées durant leurs études.

 

Le 27 mars 2017, le site muslimgirl.com lançait la première édition du Muslim Women’s Day, la Journée internationale des femmes musulmanes. Une initiative en partenariat avec plusieurs gros médias, comme MTV, Teen Vogue ou le HuffPost Women, et portée en France depuis 2018 par l’association Lallab. Son objectif : faire entendre la voix des femmes musulmanes, trop souvent dépossédées de leur propre récit dans la sphère publique.

 

Pour cette nouvelle édition, Lallab a choisi de mettre en lumière un phénomène peu documenté : les discriminations subies par les filles et femmes musulmanes dans le cadre de leurs études. Sur son site, l’association a publié une série de témoignages, dont celui d’Amina, qui recense les nombreuses mircroagressions (ces brèves attaques du quotidien, aux effets dévastateurs sur l’estime de soi et la santé mentale) dont elle a été victime. Parmi les nombreux exemples donnés par Amina, le fait qu’à l’université, elle était régulièrement confondue avec d’autres femmes portant le voile, voire d’autres filles arabes ne le portant pas. Ou encore, qu’elle s’est vu interdire l’utilisation d’une photo d’identité avec son hijab pour des motifs de sécurité lors d’un stage.

 

Oskar, elle, explique avoir été attaquée devant une classe de 50 personnes en 2015. Ce qui m’a le plus blessée, c’était lors de la semaine après les attentats de Charlie Hebdo. J’étais en Master en communication graphique, les professeur.e.s voulaient discuter avec nous de l’impact que les événements avaient sur nous. (…) Le professeur me regarde et me dit : ’En tant que musulmane tu n’as rien à dire ?’ Je lui ai dit que non et il a continué à insister. Personne ne m’a aidé, toutes le soutenaient, se disant que j’avais ’l’obligation morale’ de les soutenir. Résultat : pendant deux semaines, la jeune femme n’arrive plus à aller en cours. Et manque de rater son Master tellement (elle est) traumatisée.

 

Discriminées parfois dès le collège

 

Mais pas besoin d’attendre la fac pour subir de telles attaques, comme le raconte cette anonyme : Au lycée, un de ses professeur.e.s d’histoire avait l’habitude, en cours d’instruction religieuse catholique, de nous distribuer des fiches sur lesquelles il avait copié-collé des traductions françaises de versets coraniques. Plusieurs fois de suite, j’ai vu qu’il se faisait un plaisir d’expliquer à ses élèves ô combien l’islam est ’une religion violente et misogyne’… D’autres racontent que, parce qu’elles portaient le voile en dehors de l’école, elles ont été repérées et harcelées par les élèves au sein de leur collège, mais aussi, par le corps enseignant et le personnel. Et si la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises a permis à certaines jeunes femmes de se soustraire à un impératif familial, elle a aussi eu des effets pervers, note Fatima, bénévole auprès de Lallab. Au sein du système éducatif, certain.e.s se sont servi.e.s de la loi pour justifier des comportements racistes et islamophobes, sous couvert de défendre la laïcité. On ne parle pas ici de cas isolés, mais d’un véritable système à l’échelle nationale, avec stigmatisation, pressions psychologiques, ….

 

Musulmanes ou identifiées comme telles en raison de leur origine ethnique, de nombreuses femmes témoignent avoir vu leur tenue scrutée au quotidien, depuis la largeur de leur sweatshirt à la longueur de leur jupe, en passant par le port d’un bonnet en plein hiver. Pour échapper à cette pression, certaines ont fait le choix d’être scolarisées à domiciles, ou plus tard, d’arrêter la fac, ce qui signifiait pour elles une forme de mort sociale, regrette Fatima. Avec un impact certain sur leur carrière : En tant que femmes racisées ou perçues comme musulmanes, on sait qu’on risque de subir des discriminations dans notre orientation, à cause des biais des institutions. Ajoutez à ça le fait que certaines décrochent suite à ces attaques répétées, et on se retrouve avec des femmes qui avaient des capacités mais perdent leur l’estime d’elles-mêmes, n’arrivent pas à avoir leur diplôme, se retrouvent chez elles au lieu d’étudier….

 

Rare travail universitaire sur le sujet : celui d’Aala Abdelgadir et Vasiliki Fouka, chercheuses en sciences politiques à l’université de Stanford, qui ont analysé les effets de la loi de 2004 sur les femmes musulmanes nées après 1984, et donc encore scolarisées lorsque la loi est entrée en vigueur. Leur étude, publiée en janvier 2019 et reprise par le Muslim Post, se focalise sur les effets de l’application du texte en lui-même, mais aussi, les attitudes négatives qui ont entouré et accompagné sa mise en place. Conclusion des deux chercheuses : ces femmes sont plus susceptibles d’abandonner leurs études secondaires depuis l’application de la loi, ou de mettre plus longtemps à les terminer. Et sont donc, une fois sur le marché du travail, moins susceptibles d’être en activité, mais davantage d’avoir des enfants et de vivre chez leurs parents. De quoi renforcer un stéréotype raciste et islamophobe : celui d’une femme musulmane cloitrée chez elle, à cause de son origine et/ou de sa religion.

 

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